Lettre #15 Innovation

- Ports de Paris

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"L’hydrogène, une opportunité de faire notre transition industrielle"

Le groupe Cemex développe actuellement  un pousseur de barges équipé d’une pile à hydrogène. Le projet initié en 2019, baptisé "PM13", devrait être finalisé dans la perspective des JO de Paris 2024. Benjamin Lecendrier, Directeur production granulats et JV chez Cemex, nous en dit plus sur la stratégie du groupe en matière de carburants alternatifs.

Cemex travaille depuis un an au développement d’un pousseur équipé d’une pile à hydrogène, le projet "PM13". Avez-vous aujourd’hui levé toutes les interrogations quant à la faisabilité même du projet ?
Le projet "PM13" consiste en la construction d’un bateau de 13 m x 5,80 m équipé d’un système conjuguant une batterie et une pile à hydrogène d’une puissance équivalente à 2 x 285 KW en diesel. Aujourd’hui, nous avons la conviction que c’est réalisable techniquement de construire un pousseur fonctionnant à l’hydrogène. Mais nous prenons également le temps d’étudier les aspects réglementaires pour confirmer les partis pris qui sont les nôtres. Il s’agit d’une technologie émergente et il est indispensable dans le cadre de ce projet de comprendre dans quel sens le législateur va aller. Car en fonction des choix qui seront faits, le design même du bateau pourra évoluer. C’est d’ailleurs un point de vigilance pour nous comme pour E2F (Entreprises Fluviales de France)

Les annonces récentes du Gouvernement dans le cadre du Plan de relance pour le développement de la filière hydrogène doivent vous rassurer ?
C’est effectivement une excellente nouvelle qui ouvre un nouveau chapitre industriel en France. L’hydrogène est une filière qui va émerger rapidement, même s’il y a encore aujourd’hui très peu d’acteurs dans ce domaine.

Avez-vous tranché entre adaptation des solutions existantes ou construction d’un bateau neuf ?
Idéalement, c’est plus intéressant de prolonger les actifs industriels existants. Mais en réalité, l’adaptation des motorisations existantes pose pas mal de problèmes en termes de volume disponible sur les bateaux. En résumé, l’hydrogène est plus léger mais prend plus de place, sans compter que cela créé des problèmes de stabilité du bateau. Les modifications techniques à apporter pour résoudre ces difficultés seraient compliquées à mettre en œuvre. C’est pour cela qu’aujourd’hui la version "PM13" est 3 m plus longue qu’un pousseur au fioul.

En fonction de ces différents éléments quel est à ce stade votre calendrier concernant le projet "PM13" ?
Dans un calendrier parfait, nous visons la construction d’un nouveau pousseur pour 2023 afin d’être prêts pour les JO de Paris 2024 ! Dans le même temps, nous entamons une étape décisive qui consiste à identifier les acteurs potentiels pour la distribution d’hydrogène jusque dans Paris. Sur cette partie-là, clairement il n’y a aujourd’hui aucun acteur présent en bord de Seine sur toute l’Ile-de-France. Du coup, nous ne nous interdisons pas de devenir distributeur pour alimenter à l’avenir des camions convertis à l’hydrogène, nos futurs pousseurs comme ceux d’autres acteurs. Ce serait un virage dans le business plan de Cemex mais nous en avons connu d’autres. C’est la vie des entreprises et nous le prenons comme une opportunité de faire notre transition industrielle.