Lettre #10 Initiative

- Ports de Paris

Publié le

Déchèterie fluviale : une expérimentation inédite sur un port urbain

Pendant trois jours du 5 au 7 juillet, une déchèterie fluviale avec une barge à quai sur le port de Tolbiac aval a accueilli les flux de déchets (papiers, cartons, petits mobiliers, DEEE) des entreprises du quartier ainsi que les déchets des particuliers. Un espace d’animations a permis de sensibiliser le grand public à la gestion des déchets pendant tout le week-end.

Entretien croisé de quatre des partenaires de cette expérimentation : Marie-Claude Dupuis, Directrice Stratégie, Innovation et Développement du groupe RATP, Antoinette Guhl, Adjointe à la Maire de Paris chargée de l'Économie sociale et solidaire, de l'Innovation sociale et de l'Économie circulaire, Jean-Michel Kaleta, Directeur Services aux collectivités Recyclage et Valorisation de SUEZ, Nicolas Mouyon, directeur de l’agence Paris Seine à HAROPA – Ports de Paris et Dominique Ritz, directeur du bassin de la Seine à Voies navigables de France (VNF).

HAROPA - Ports de Paris : Quelle est la genèse du projet ?

Antoinette Guhl : En 2012, la RATP lance une 1ère démarche pour une gestion commune des déchets. En 2015, la Ville de Paris mène les État Généraux de l’économie circulaire auxquels participe la RATP. Fin 2018, l’idée de mettre en place une déchèterie fluviale pour le quartier des Deux Rives se structure autour d’un nombre d’acteurs restreint : Le Monde, Eau De Paris, Caisse Des Dépôts, la Poste, la RATP, Ecologic et 13 Avenir (association d’insertion à but d’emploi).
Marie-Claude Dupuis : Chaque année, ce sont 3 000 tonnes de déchets papier, 320 000 cartouches et 7 350 tonnes de bio-déchets qui sont générés par le Quartier des Deux Rives. D’où notre volonté de nous concerter et d’innover pour trouver des voies d’évacuation des déchets qui soient plus favorables écologiquement et financièrement.
Jean-Michel Kaleta : Actuellement, la collecte et l’acheminement des déchets vers les centres de traitement se fait à 97% par camions. Or, près de 16% de l’ensemble tonnes/kilomètre transportées en France sont des déchets. Mais l’Île-de-France possède un atout : de nombreuses voies navigables traversent le territoire, qui représentent à elles seules 1/3 du réseau national !

HAROPA - PdP : Qu’attendez-vous de l’expérimentation ?

Nicolas Mouyon. Il s’agit d’offrir à tous les acteurs du quartier (élus, riverains, entreprises) une solution de tri des déchets mutualisable entre tous.
J.-M.K. Nous espérons une pérennisation de cette expérimentation car la voie fluviale est plus écologique (2,5 fois moins d’émissions de CO2 que le transport routier) : un bateau d’une capacité de 500 m3 tonnes permet d’éviter 30 camions sur les routes. Il consomme 3,7 fois moins que les camions en carburant et pollue 4 fois moins. C’est aussi plus sûr, plus fiable, plus souple et plus économique.
Dominique Ritz. Si le fluvial est plus connu pour le transport de matériaux de construction, de céréales, de déchets industriels ou même de conteneurs, cette initiative prouve qu’il peut également s’inscrire dans une logistique du quotidien de collecte de déchets « ordinaires » et d’économie circulaire.

HAROPA - PdP : Quel est le rôle respectif de chaque acteur concerné par cette initiative ?

N.M. Les porteurs de projet sont la Ville de Paris et la RATP. VNF intervient en tant que co-financeur de l’expérimentation et en tant qu’entreprise du quartier participant à la collecte mutualisée des déchets. Suez est l’opérateur fluvial qui met à disposition la péniche Sitafil et les véhicules électriques qui collecteront les déchets des entreprises. HAROPA est le gestionnaire du port. Ecologic est un éco-organisme qui participera à la sensibilisation sur le tri des déchets, 13 Avenir est une association à but d’emploi qui mettra à disposition les triporteurs pour transporter les déchets des entreprises en mode doux jusqu’à la péniche et animera la sensibilisation au tri des déchets à travers différents ateliers participatifs comme la réparation de petit mobilier ou la préparation de salades de fruit avec des invendus du quartier. Des animateurs du Syctom sensibiliseront les riverains et entreprises autour du site avant et pendant l’opération. Les autres partenaires sont les entreprises du quartier qui collectent leurs déchets en interne pour chargement sur la barge.

Quels sont les gains attendus ?

N.M. La barge SUEZ de 500m3 équivaut à 25 camions en moins sur les routes. En fonction de la collecte réalisée, nous pourrons chiffrer les émissions de particules fines, NOX, externalités évitées.
D.R. Le mode fluvial est un mode de transport particulièrement vertueux au plan environnemental qui s’accommode bien des exigences des milieux urbains denses. Toutes les études montrent d’ailleurs que les gens s’accommodent très volontiers du passage de bateaux

Le projet sera-t-il pérennisé ?

N.M. En fonction de la mobilisation du grand public sur les deux jours et du retour d’expérience des entreprises participantes (modification de la chaîne logistique sur le fonctionnement de l’entreprise, ressenti des collaborateurs, coûts et gains environnementaux), le groupe de travail réfléchira à une solution pérenne avec les acteurs engagés dans la démarche du Quartier des Deux Rives.
Indépendamment de la démarche du Q2R et au vu du succès technique de l’expérimentation, Suez, EcoLogic et HAROPA souhaite tester dès septembre prochain un réseau de petites déchèteries fluviales ouvertes une fois par mois sur 5 ports tout au long de la Seine dans Paris intramuros pour les particuliers et les professionnels.
M-C.D. Notre prochain défi sera de statuer sur une gouvernance collective.
D.R. VNF souhaite évidemment que ce projet se pérennise à l’instar de la déchetterie fluviale que nous avons mis en place avec Suez à Lyon depuis deux ans et qui apporte pleinement satisfaction aux riverains.